14 Octobre 2025
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La fintech camerounaise REasy vient de boucler une levée de fonds initiale de 1,8 million de dollars. Ce financement provient d’investisseurs providentiels, de réseaux d’anges tels que Cameroon Angel Network et Dakar Network Angels, ainsi que de fonds de capital-risque comme Launch Africa Ventures, Ingressive Capital et Digital Africa. Cette étape cruciale soutient leur mission de simplifier le commerce international pour les PME d’Afrique centrale.
Cette initiative fait suite à une collaboration innovante avec la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) pour créer le premier cadre régional de change spécifiquement adapté aux besoins des PME importatrices, une avancée qui pourrait transformer l’accès aux devises étrangères et leur transfert.
Dans cette édition, nous décryptons pourquoi cette innovation est un tournant pour les petites et moyennes entreprises de la région.

Éliminer les obstacles réglementaires freinant le commerce
Implantée au Cameroun, REasy ambitionne d’étendre ses services aux six pays membres de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) – Gabon, Tchad, République centrafricaine, République du Congo et Guinée équatoriale – ainsi qu’à la zone UEMOA. Plutôt que de contourner les règles, la start-up a choisi de collaborer étroitement avec les autorités réglementaires.
« Dès le lancement, notre ambition était de bâtir un modèle conforme aux normes pour garantir la pérennité de notre activité », expliquent les fondateurs. « Nous voulions aussi offrir un appui fiable aux PME importatrices souvent contraintes à l’informel. »
Jusqu’ici, ces entreprises faisaient face à un labyrinthe de restrictions sur les changes, de démarches administratives lourdes et de procédures opaques, les excluant souvent des circuits financiers officiels. Beaucoup recouraient alors à des intermédiaires non régulés ou au marché parallèle, où les frais pouvaient grimper jusqu’à 20 % du montant des transactions.
En partenariat avec la BEAC, REasy a mis au point un système qui simplifie cette complexité réglementaire tout en assurant une conformité totale. Chaque sortie de devises est désormais strictement liée aux marchandises importées, garantissant une transparence totale pour les commerçants et la banque centrale.
« Le principal défi a été de concilier les exigences réglementaires spécifiques aux PME importatrices », confie l’équipe. « Heureusement, la technologie associée à des processus bien conçus offre une solution solide. » Ils insistent aussi sur l’importance de la collaboration avec les équipes internes de la BEAC, qu’ils considèrent comme un facteur clé de réussite.
Optimiser les paiements internationaux pour les PME
Pour des milliers de commerçants et artisans d’Afrique centrale, effectuer un paiement international était jusqu’à présent un parcours semé d’embûches, lent, coûteux et risqué. Le nouveau cadre, élaboré avec la BEAC, change radicalement la donne.
« Jusqu’ici, ces acteurs dépendaient d’intermédiaires peu fiables et opaques, avec des coûts pouvant atteindre 20 % par transaction », explique REasy. « Notre plateforme propose une solution unique, simple et sécurisée pour faciliter les importations. »
Grâce à ce dispositif, les PME peuvent désormais réaliser des paiements internationaux instantanés et conformes, pour des montants inférieurs à 10 000 dollars, directement via la plateforme digitale de REasy. L’objectif est de formaliser des milliers de petits importateurs et de réduire leur dépendance aux circuits informels.
« L’impact est tangible », ajoutent-ils. « Lorsqu’un commerçant règle rapidement ses fournisseurs et reçoit ses marchandises efficacement, son activité se développe. Progressivement, il peut passer du simple commerce à la production locale, générant ainsi une valeur économique accrue. »
La technologie au service de la conformité
REasy s’appuie sur un cocktail d’innovations fintech, d’outils d’intelligence artificielle pour la conformité, et d’une gestion proactive de la trésorerie. La start-up applique des procédures rigoureuses de connaissance client (KYC) en utilisant des solutions IA pour vérifier l’identité de ses utilisateurs et partenaires.
Pour garantir des transferts efficaces, REasy intègre plusieurs infrastructures de paiement tout en gérant ses propres réserves de devises, anticipant les besoins selon les corridors commerciaux.
La sécurité et la conformité restent prioritaires : « Chaque transaction en devises est liée à un échange réel de marchandises, appuyé par une documentation claire et un suivi rigoureux », précise l’entreprise. Ce modèle satisfait les exigences de la BEAC tout en assurant des transferts rapides et fiables pour les PME.
Vers une inclusion financière et une production locale renforcées
Au-delà des paiements, REasy considère cette avancée réglementaire comme un levier pour promouvoir l’inclusion économique et la transformation industrielle.
« Notre ambition est limpide : offrir aux importateurs africains une efficacité opérationnelle comparable à celle de leurs homologues en Europe, Asie ou Amérique », déclarent-ils. « Débloquer la capacité d’importer, c’est ouvrir la porte à de nouvelles opportunités, à un potentiel de croissance et à un pouvoir d’achat renforcé. »
En rendant le commerce plus accessible, REasy espère encourager davantage de PME à évoluer du simple statut d’importateur vers celui de producteur local, contribuant ainsi à une économie africaine plus autonome et durable.
Voici un extrait de notre entretien avec REasy sur leur vision du commerce transfrontalier en Afrique francophone :
1. Collaboration et réglementation
Lina : Il est rare qu’une start-up collabore directement avec une banque centrale. Comment REasy a-t-elle noué ce partenariat avec la BEAC pour co-créer ce cadre de change, et quels ont été les principaux défis pour concilier innovation et réglementation ?
REasy : Dès le départ, nous avons voulu bâtir un modèle réglementé garantissant la pérennité de l’entreprise et surtout un soutien solide aux PME souvent actives dans l’informel. Nous avons étudié la réglementation des opérations de change, notamment les dispositions spécifiques aux importations, et conçu un système qui absorbe la complexité réglementaire et documentaire pour les importateurs, tout en assurant à la BEAC un suivi précis des marchandises liées à chaque décaissement en devises.
Le plus grand défi a été de gérer la complexité des exigences réglementaires auxquelles font face les PME importatrices. Heureusement, la technologie et des processus bien structurés ont permis de relever ce défi efficacement.
2. Impact sur les PME
Lina : Vous indiquez que les PME peuvent désormais réaliser des paiements internationaux instantanés et conformes pour des montants inférieurs à 10 000 dollars. En quoi cela transforme-t-il leur quotidien par rapport aux méthodes précédentes ?
REasy : Jusqu’à présent, les commerçants et petits fabricants dépendaient de chaînes d’intermédiaires peu fiables et opaques, avec des coûts pouvant atteindre 20 % du montant total, ce que nous appelons le marché noir. Après paiement, ils s’appuyaient souvent sur des agents informels pour la logistique, ce qui engendrait retards, pertes et inefficacités.
REasy propose une plateforme simple et centralisée pour faciliter les importations. L’impact est tangible : dès qu’un commerçant peut payer rapidement ses fournisseurs et recevoir ses marchandises efficacement, son activité se développe, et il peut progressivement passer du commerce à la production locale, créant ainsi une valeur économique plus importante.
3. Technologie et conformité
Lina : Quelles technologies et mécanismes de conformité garantissent que ces paiements transfrontaliers restent instantanés, sécurisés et conformes aux règles de la BEAC ?
REasy : La première étape est le KYC (connaissance client), où nous collectons un maximum d’informations sur chaque client potentiel, en utilisant des outils basés sur l’intelligence artificielle pour affiner cette analyse. Pour les transferts, nous combinons plusieurs technologies en intégrant banques et fournisseurs de portefeuilles électroniques comme WeChat et Alipay.
La gestion de trésorerie est également cruciale : nous anticipons les besoins en devises selon les corridors commerciaux et les préférences de paiement des fournisseurs et clients. La sécurité est assurée par des outils internes de vérification des fournisseurs et le respect des normes internationales.
Enfin, pour rester en conformité avec la BEAC, chaque transaction en devises doit correspondre à un échange réel de marchandises, soutenu par une documentation claire et un suivi rigoureux.
4. Inclusion économique
Lina : Vous qualifiez cette initiative d’« avancée réglementaire » pour le commerce africain. Comment pensez-vous qu’elle favorisera une inclusion financière accrue et une meilleure compétitivité des PME importatrices dans la région CEMAC ?
REasy : Notre objectif est clair : offrir aux importateurs africains une efficacité opérationnelle équivalente à celle de leurs homologues en Europe, Asie et Amérique. Débloquer la capacité d’importer, c’est ouvrir la voie à de nouvelles opportunités, au développement et à un pouvoir d’achat renforcé.
Nous souhaitons encourager non seulement l’importation, mais aussi la production locale, afin de stimuler une croissance économique durable à travers le continent.
Perspectives d’avenir
Fort de sa levée de fonds initiale de 1,8 million de dollars, REasy prévoit d’enrichir sa plateforme, de renforcer ses partenariats avec les banques et régulateurs, et d’étendre ses services dans les zones CEMAC et UEMOA.
Dans un contexte où la réglementation financière est souvent perçue comme un frein à l’innovation, la collaboration entre REasy et la BEAC illustre comment fintechs et banques centrales peuvent co-créer des solutions qui renforcent les capacités des PME tout en préservant la stabilité monétaire.
En comblant le fossé entre réglementation et innovation, REasy s’impose non seulement comme un acteur fintech, mais aussi comme un moteur d’un écosystème commercial africain plus inclusif, transparent et dynamique.
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