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Le secteur des start-ups africaines regorge de potentiel, et lâAfrique francophone est en passe de devenir la nouvelle coqueluche du continent, grĂące Ă des devises qui restent relativement stables par rapport Ă celles des grandes Ă©conomies du continent. Pourtant, les entrepreneurs dâAfrique francophone sont toujours confrontĂ©s Ă des rĂ©glementations obsolĂštes et Ă une inertie bureaucratique qui ralentissent les progrĂšs. La rĂ©alitĂ© sur le terrain pour ces fondateurs est une lutte acharnĂ©e contre des systĂšmes qui semblent conçus pour entraver le progrĂšs.
Aujourdâhui, une nouvelle Ă©volution entre le Ghana et le Rwanda met la rĂ©gion Ă lâĂ©preuve. Lors du FinTech Forum qui sâest tenu Ă Kigali il y a quelques mois, la Banque du Ghana (BoG) et la Banque nationale du Rwanda (NBR) ont signĂ© le premier accord africain de passeportage de licence, permettant aux fintechs agréées dans lâun ou lâautre pays dâopĂ©rer sur les deux marchĂ©s avec un minimum dâautorisations supplĂ©mentaires. Cette initiative pourrait enfin rendre les paiements transfrontaliers interopĂ©rables et plus fluides entre les deux pays.
Examinons le cas de lâAfrique francophone et son importance dans les paiements sur le continent.
1. Les goulets dâĂ©tranglement monĂ©taires ralentissent les flux financiers

En septembre, nous avons abordĂ© la question de lâinteropĂ©rabilitĂ© dans les zones de lâUnion Ă©conomique et monĂ©taire ouest-africaine (UEMOA) et de la CommunautĂ© Ă©conomique et monĂ©taire de lâAfrique centrale (CEMAC), qui se sont toutes deux rĂ©vĂ©lĂ©es prometteuses, mais ont Ă©galement montrĂ© leurs limites. Lâaccord entre le Ghana et le Rwanda constitue un exemple rĂ©volutionnaire dâinteropĂ©rabilitĂ© rĂ©glementaire, susceptible de stimuler la croissance et les investissements dans les deux pays et leurs rĂ©gions respectives. Imaginez que vous lanciez une start-up dans lâun ou lâautre de ces pays et que, dĂšs le premier jour, vous disposiez dâune vision plus claire des catĂ©gories de licences, des capitaux, du commerce numĂ©rique, de la gouvernance, des donnĂ©es, de lâexternalisation et de la diligence raisonnable. Pour les pays africains francophones qui utilisent le CFA, il existe une opportunitĂ© incroyable de faire progresser leurs rĂ©gions respectives en adoptant des accords similaires.
Prenons un peu de recul pour comprendre comment deux rĂ©gions peuvent avoir des monnaies indexĂ©es sur lâeuro et partager la mĂȘme valeur nominale, tout en prĂ©sentant des diffĂ©rences significatives en termes rĂ©els. Voici une photo que jâai prise dans un magazine de compagnie aĂ©rienne vendant des articles hors taxes :
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Chaque produit suivait ce format : prix en XOF, puis en XAF, puis en euros⊠comme si le XOF et le XAF nâavaient pas exactement la mĂȘme valeur par rapport Ă lâeuro. Je vous laisserai dĂ©terminer lequel des deux se rapproche le plus de la valeur rĂ©ellement indexĂ©e.
Bien que le XOF et le XAF soient tous deux garantis par le TrĂ©sor français (retenez votre surprise ou votre sarcasme et suivez-moi), et malgrĂ© leur valeur identique et leurs noms similaires, ils ne sont pas interchangeables : vous ne pouvez pas utiliser les francs CFA ouest-africains en Afrique centrale, et vice versa. Le transfert dâargent du XOF vers le XAF suit le mĂȘme itinĂ©raire que celui empruntĂ© par de nombreux hommes dâaffaires dans les annĂ©es 1990 lorsquâils voyageaient dâune ville africaine Ă une autre : une escale Ă Paris, en France. En effet, le XOF ne devient un XAF quâaprĂšs avoir Ă©tĂ© converti en euros.
Il existe de nombreux articles, livres et dĂ©bats sur ce sujet. Je vous laisse faire vos propres recherches et vous forger votre propre opinion. Revenons maintenant Ă lâentrepreneuriat. Voici la dure rĂ©alitĂ© :
- Paperasserie bureaucratique : Enregistrer une entreprise demande une patience extrĂȘme, tant le processus est lent et inefficace.
- Structures juridiques rigides : Les modĂšlesâSociĂ©tĂ© Ă ResponsabilitĂ© LimitĂ©e (SARL) pour les sociĂ©tĂ©s Ă responsabilitĂ© limitĂ©e et SociĂ©tĂ© Anonyme (SA) pour les sociĂ©tĂ©s anonymesâsont souvent inadaptĂ©s aux startups agiles, exigeant des engagements en capital qui Ă©touffent lâinnovation.
- Instruments financiers obsolÚtes : Des mécanismes modernes comme les SAFEs sont souvent non reconnus, laissant les fondateurs dans une zone grise juridique.
Il est impĂ©ratif de dissĂ©quer ces dĂ©fis, dâaffronter les problĂšmes systĂ©miques de front, et de plaider en faveur de rĂ©formes qui soutiennent au lieu dâentraver nos innovateurs.
2. Le paysage réglementaire : Une toile complexe

Lâenvironnement rĂ©glementaire de lâAfrique francophone est un ensemble complexe dâaccords rĂ©gionaux, dâhĂ©ritages coloniaux et de lĂ©gislations nationales. Au cĆur de cette organisation se trouve lâOrganisation pour lâharmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), regroupant 17 Ătats membres avec lâobjectif louable de standardiser les lois commerciales. Cependant, dans la pratique, les implications pour les startups sont loin dâĂȘtre idĂ©ales.
Uniformité vs. Praticité :
- Immatriculation dâentreprise : Alors que les actes uniformes de lâOHADA visent Ă harmoniser la crĂ©ation dâentreprises, la rĂ©alitĂ© est celle dâun processus fastidieux, basĂ© sur la paperasserie, qui dĂ©courage lâesprit dâentreprise.
- Structures juridiques rigides : Les cadres SARL et SA sont des vestiges du passé, imposant des exigences inadaptées aux entreprises en croissance rapide.
- Reconnaissance juridique limitĂ©e dâoutils modernes : Les instruments financiers innovants comme les notes convertibles restent dans des zones ambiguĂ«s.
Lâinfluence dominante du droit civil français aggrave ce problĂšme, privilĂ©giant une interprĂ©tation stricte du texte juridique plutĂŽt que la flexibilitĂ© nĂ©cessaire Ă un Ă©cosystĂšme dynamique.
3. Le rĂŽle de lâOHADA : Entre harmonisation et frein

La mission de lâOHADA visant Ă harmoniser les lois commerciales des Ătats membres est louable, mais elle ne rĂ©pond pas aux besoins spĂ©cifiques des start-ups.
Elle prĂ©sente deux atouts majeurs : premiĂšrement, la sĂ©curitĂ© juridique qui offre un cadre juridique cohĂ©rent, facilitant les opĂ©rations transfrontaliĂšres. DeuxiĂšmement, le systĂšme de rĂ©solution des litiges, qui utilise un mĂ©canisme dâarbitrage Ă©tabli et offre des voies de rĂ©solution des conflits.
Mais comme soulignĂ© prĂ©cĂ©demment, elle prĂ©sente Ă©galement des faiblesses. Lâune dâelles est son manque de flexibilitĂ©. Les lois uniformes sont rigides et laissent peu de place Ă lâadaptation Ă lâenvironnement en constante Ă©volution des start-ups. La seconde concerne son obsolescence, qui freine lâinnovation. La rĂ©glementation nâa pas suivi le rythme des progrĂšs technologiques, rendant certaines dispositions obsolĂštes. Pour que lâOHADA soutienne vĂ©ritablement lâinnovation, elle doit Ă©voluer afin de sâadapter aux rĂ©alitĂ©s de lâentrepreneuriat moderne.
4. Financement, investissement étranger & contrÎles de change : Un carcan financier

Les startups ont besoin de capital pour croĂźtre. Mais en Afrique francophone, lever des fonds revient Ă courir un marathon avec des chaĂźnes aux pieds.
- Restrictions sur le capital étranger
- Les investisseurs doivent obtenir lâaccord des banques centrales rĂ©gionales (BCEAO ou BEAC) pour envoyer de lâargent ou retirer leurs gains.
- Les startups ne peuvent pas recevoir facilement des devises.
- Les outils de financement populaires auprĂšs des start-ups, tels que les accords simples pour les actions futures (SAFE) ou les obligations convertibles, ne bĂ©nĂ©ficient pas dâun cadre juridique clair et sont souvent interdits.
Ces rĂšgles tuent les transactions avant mĂȘme quâelles ne commencent. Les bonnes start-ups perdent du temps, de lâargent et leur Ă©lan. Et les investisseurs Ă©trangers sâen vont, frustrĂ©s. Les investisseurs locaux, trop familiers avec les dĂ©fis, nâosent pas augmenter leur appĂ©tit pour le risque.
- Le capital-risque : Un dialogue de sourds
Le capital-risque a son propre langage : valorisation, actions privilĂ©giĂ©es, acquisition des droits des fondateurs, droits des investisseurs. Mais les lois locales sur les sociĂ©tĂ©s, en particulier celles de lâOHADA, ne parlent pas ce langage.
- Les termes de base utilisés dans le domaine des start-ups ne sont pas reconnus juridiquement.
- Les fondateurs ne peuvent pas offrir aux investisseurs des protections courantes telles que les préférences de liquidation.
- Les registres locaux rejettent souvent des accords qui sont courants partout ailleurs.
Que se passe-t-il alors ? Les sociétés de capital-risque refusent ou passent des mois à restructurer les accords selon des formats obsolÚtes, qui affaiblissent généralement la position du fondateur.
Nous avons besoin de lois qui comprennent le fonctionnement rĂ©el des start-ups. Il sâagit de donner aux fondateurs et aux investisseurs un guide clair, et non de leur imposer des acrobaties juridiques.
- La banque : Un mur de crédit
Les banques en Afrique francophone ne sont pas favorables aux start-ups.
- Elles exigent des garanties que les start-ups ne possĂšdent pas, telles que des terrains ou des bĂątiments.
- Les taux dâintĂ©rĂȘt sont exorbitants et les prĂȘts avancent Ă pas de tortue.
- MĂȘme les « programmes publics de soutien aux PME » sont souvent soumis aux mĂȘmes formalitĂ©s administratives et Ă la mĂȘme pensĂ©e conservatrice.
Le résultat ?
- La plupart des fondateurs sont contraints de se débrouiller seuls ou de se tourner vers leur famille pour obtenir des fonds.
- Le crédit est hors de portée, en particulier pour les femmes et les jeunes entrepreneurs.
- MĂȘme les fintechs qui tentent de changer ce systĂšme sont bloquĂ©es par des rĂ©glementations dĂ©passĂ©es.
Lâinnovation ne peut pas prospĂ©rer dans un systĂšme bancaire conçu uniquement pour les entreprises traditionnelles.
Et maintenant ?
LâAfrique francophone doit choisir : prĂ©server une orthodoxie monĂ©taire dĂ©passĂ©e ou libĂ©rer son Ă©conomie entrepreneuriale. Les deux ne peuvent pas coexister.
Ce quâil faudrait ainsi considĂ©rer inclus 1) rĂ©former les contrĂŽles de change pour fluidifier les investissements early-stage, 2) reconnaĂźtre les instruments financiers modernes dans lâOHADA, 3) Permettre aux banques de dĂ©veloppement de jouer un rĂŽle catalytique, pas seulement dette-dĂ©pendant, 4) NumĂ©riser les processus dâapprobation, et bien sĂ»r 5) stimuler et renforcer des marchĂ©s comme la BRVM (Bourse RĂ©gionale des Valeurs MobiliĂšres).
Nos Ă©cosystĂšmes demandent lâinnovation. Nos marchĂ©s prospĂ©reront si grandes, moyennes et petites entreprises peuvent croĂźtre. Et si lâargent ne peut pas circuler, lâinnovation ne le pourra pas non plus.
Revue des principaux titres
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